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L'affaire du Trésor de Villebon/Yvette

Emmanuel de Chambost (Juillet 1998)

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L'Affaire dans la presse nationale (Novembre 47)

Ce que j'en dis dans le livre


7 Novembre 1947: L'affaire du trésor de Villebon-sur-Yvette dans la presse nationale

(Paru dans le bulletin municipal de Villebon/Yvette, Janvier 99)

 

En 1947, trois ans après la libération, le papier restait rare et même les grands quotidiens comme Le Monde ou Le Figaro n'avaient guère que 4 ou 8 pages. L'étrange affaire de Villebon-sur-Yvette figurait pourtant sur 3 colonnes, en deuxième page dans le Figaro du 7/11/47, sous le titre  "Un trésor qui se dit Espagnol. A qui appartiennent les 50 Kilos d'or de Villebon ?". La veille au soir, Le Monde avait titré "L'affaire de Villebon/Yvette devant la XIeme chambre correctionnelle." En ce 7 Novembre, le public apprenait donc que la police avait mis la main sur un certain André Sergent qui distribuait généreusement des pièces de 10 et 20 dollars. Le 22 Mars, indiquait Le Monde,  André Sergent et son père Raymond avaient découvert dans la propriété où ils travaillaient comme jardiniers, trois caisses de quinze kilos de pièces d'or chacune, un pot de huit kilos et un lingot de six kilos, toujours de l'or, bien entendu, et Le Figaro précisait même que le trésor consistait en une collection hétéroclite de lingots, plaquettes, louis de France, livre sterling et dollars qu'il reposait à 10 cm de profondeur, sous une tôle ondulée, dans la propriété "L'Oasis" appartenant à une certaine madame Blot. Deux jours après l'enlèvement du trésor, le mandataire de madame Blot, Léon Dallidet s'était rendu chez Sergent

"- Vous m'avez volé ce trésor, il faut me le rendre !

- Où sont vos titres, avait répliqué Sergent. "

Une heure et demie plus tard, Dallidet était revenu sur les lieux avec un ami chauffeur, une fausse plaque de police. Il se faisait passer pour inspecteur de la sûreté. Le Figaro parle alors de menaces et de sévices.

Au tribunal, Madame Blot sort d'un tube d'aspirine un papier attestant que la propriété appartient au Parti Communiste: "Mon mari était communiste, je n'en savais rien. J'ai acheté ce terrain en 42 et je l'ai mis à la disposition du Parti qui y a installé un réseau." Quant à Dallidet, après avoir déclaré à la police "ce n'est pas à moi !", puis, "C'est à mon père !", il s'en était ensuite tenu à la version "c'est aux républicains Espagnols". Volontaire de la guerre d'Espagne, FTP sous l'occupation, Dallidet l'aurait reçu des républicains et transporté à travers les Pyrénées. Me Wurmser, avocat de Dallidet n'avait pas lésiné sur les moyens pour conforter cette thèse, citant comme témoins Madeleine Braun, M.Martin-Chauffier et Paul Eluard, membres du comité France-Espagne, personnalités au dessus de tout soupçon en vertu de leur récent passé résistant.

Vous n'avez pas peut-être pas compris grand-chose à cette affaire, rassurez-vous, le lecteur de 1947 n'avait aucune information supplémentaire. Le Figaro concluait par cette phrase sibylline: "Personne ne semble exagérément curieux, ce qui est... curieux". André Sergent fut condamné à 8 mois de prison et 500 000F d'amende, ses complices à des peines moindres. Léon Dallidet écopa, lui de 6 mois avec sursis et 300 000 francs d'amende, alors que le chauffeur n'avait droit qu'à quinze jours.

 

Et aucun journal ne parla plus jamais de cette affaire. En 1995, certains des plus anciens  habitants du hameau du Villiers avaient entendu parler de cette histoire de trésor, mais pas plus que les propriétaires successifs de la villa "L'Oasis", ils ne savaient à la suite de quelle histoire ces cassettes d'or s'étaient retrouvés dans le jardin de la propriété.

 

Quelques rappels historiques avant de dévoiler les mystères de la villa "L'Oasis": En 1939, à la suite du pacte germano-soviétique, les communistes français, qui avaient d'abord voté les crédits pour la mobilisation, acceptent les consignes du Komintern qui leur enjoint de se désolidariser de cette guerre "impérialiste". Daladier, premier ministre de l'époque, dissout le parti communiste français. Les communistes plongent dans la clandestinité, ils y resteront jusqu'à la libération en 1944. Le secrétaire général du parti, Maurice Thorez, mobilisé dans le Nord reçoit l'ordre du Komintern de rejoindre Moscou. Discipliné, il s'exécute, laissant la responsabilité du parti à ses camarades Jacques Duclos et Benoît Frachon. Après quelques mois de "drôle de guerre", l'invasion allemande et la débâcle de la France amènent au pouvoir le gouvernement de "révolution nationale" du maréchal Pétain. Les communistes restent dans la clandestinité, mais les brigades spéciales du commissaire David qui les pouchassent redoublent de zèle par. En Juin 1941, Hitler rompt le pacte qui l'unissait à Staline en envahissant l'URSS. Pour les communistes français, tout rentre dans l'ordre, en quelque sorte, ils peuvent reprendre la lutte antifasciste tout en restant fidèles à l'URSS. Des communistes sont les auteurs des premiers actes de résistance armée en Août 1941 à Paris.

Duclos et Frachon étaient jusque là restés cachés à Paris, dans les HBM des boulevards extérieurs. Estimant que leur sécurité n'était plus garantie à Paris, ils décident de transférer leurs planques dans ce qui s'appelle alors la Seine-et-Oise. C'est ainsi qu'en Septembre 41 Benoît Frachon s'établit à Forges-les-Bains, alors que Jacques Duclos attend le mois de Décembre pour s'installer à L'Oasis, route du Plan, au hameau du Villiers à Villebon. Un troisième homme compléte le secrétariat du parti clandestin, c'est Charles Tillon qui prend une location à Limours après un court séjour à Palaiseau. Il vient de se voir confier la responsabilité de la lutte armée. Contrairement à Tillon et Frachon qui, ayant travesti leurs véritables identités, entretiennent certaines relations de voisinage avec les habitants de Forges et de Limours, Duclos, beaucoup trop reconnaissable, reste complètement clandestin pendant les 36 mois de son séjour à Villebon. Il ne sort qu'une fois par mois, pour se rendre aux réunions du secrétariat qui se tiennent à Longjumeau, en tandem, derrière  Raph, un homme de confiance. Raph est le pseudonyme de Léon Dallidet, dont il sera question dans l'affaire de trésor.

Jacques Duclos dirige donc le parti communiste pendant deux ans et demi à partir de Villebon. Chaque matin, un agent de liaison (c'est Victor, le chauffeur lui aussi impliqué dans l'affaire du trésor avec Léon Dallidet) quitte le hameau du Villiers à bicyclette pour aller remettre des messages à d'autres agents de liaison. Quant à Raph, il assure les liaisons au sein du secrétariat. L'ensemble du dispositif clandestin a été mis sur pied par le grand-frère de Raph, Arthur Dallidet. Ce dernier est tombé dans une rafle en Février 42. La police savait qu'il avait des responsabilités importantes au sein du parti et le livra aux Allemands qui le torturèrent. S'il avait parlé, le parti communiste clandestin aurait été décapité. Il ne parla pas et fut fusillé au mont Valérien en Mai 1942.

Le PCF qui n'avait pas été loin de l'anéantissement, en 1939, à la suite des contradictions dans lesquelles il s'était fourvoyé et de la mobilisation qui avait touché la plupart des militants, sortit de la période de l'occupation au faîte de sa puissance. Charles Tillon, auréolé de son titre de chef des FTP devint ministre du général de Gaulle; Benoît Frachon reprit des responsabilités syndicales à la CGT dont il fut le secrétaire général pendant près de 20 ans, et Jacques Duclos seconda à nouveau, à la tête du PCF, Maurice Thorez qui avait manqué de peu l'investiture de président du conseil en Décembre 46. Echaudés par leur mise hors-la-loi de 1939, Les communistes avaient cependant décidé de garder opérationnel leur dispositif clandestin auquel appartenait les planques de Duclos et de Frachon. C'est pourquoi ils n'avaient pas divulgué de détails sur les lieux où ils avaient séjourné sous l'occupation.

Quant à l'affaire du trésor, elle est finalement dérisoire, il ne représentait qu'une infime partie des sommes brassées pendant la guerre pour faire vivre le parti clandestin. Le PCF qui avait été très impliqué dans la guerre d'Espagne avait récupéré une partie des réserves de la banque d'Espagne. Une partie des fonds du parti transitait par les planques des dirigeants, et les quelques cassettes avaient tout simplement été oubliées dans la propriété de L'Oasis. Les dirigeants communistes ne voulaient évidemment pas voir la police et la presse mettre leur nez dans les rouages les plus intimes de l'appareil. De plus, qu'on se souvienne, 1947 fut l'année de la plongée dans la guerre froide: En Mai, les ministres communistes quittaient le gouvernement, et en Septembre, à la conférence de Slarska-Poreba, en Pologne, les soviétiques donnaient leurs instructions aux partis frères pour un durcissement de la politique vis-à-vis de l'autre camp. Les anciennes planques de Seine-et-Oise étaient donc réintégrées dans le dispositif clandestin, et leur passé devait rester secret. A cause de la rocambolesque histoire du trésor, le secret fut même maintenu exceptionnellement longtemps. En 1969, Jacques Duclos était candidat aux présidentielles et récoltait 21% des suffrages. Cette même année, il publiait ses mémoires sans pour autant révéler le lieu exact de son séjour clandestin. Les anecdotes, dont il n'était pas avare avaient pour cadre "La région de Palaiseau". Nous le savons maintenant, c'est à Villebon-sur-Yvette que résidait l'homme le plus recherché de la police pendant l'occupation.

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Ce que j'en dis dans le livre

Je n'ai pris connaissance des articles de presse (Monde et Figaro)  qu'après la sortie de mon bouquin. Dans le texte du bouquin, il y a des erreurs, dues à mon ignorance, des omissions et des euphémismes, nécessaires pour ménager mes 2 témoins, et un tout petit peu de roman pour me faire plaisir. En police normale, c'est le texte du livre, et en italique, mes commentaires de Juillet 98

Une épave de Galion à l'Oasis

            J'enquêtais au hameau de Villiers pour savoir quel souvenir la population pouvait avoir conservé des habitants de l'Oasis. Peu de gens avaient eu des contacts avec eux, sinon pour leur vendre des fraises, mais  toutes sortes de rumeurs courraient sur l'histoire de cette maison. On disait par exemple qu'elle avait abrité des services de la Gestapo, et puis quelqu'un évoqua une curieuse histoire d'or d'Espagne trouvé dans le jardin, des descentes de police en 1948. J'en parlai à Raph, puis à Victor, et ils me révélèrent le fin mot de l'histoire.

C'était en Mai 95, il faisait ce jour-là un froid de Canard. Je faisais avec Raph et Vanessa une tournée des "planques" et avait obtenu de C.Schoetl de pouvoir faire un pot au district. Le matin, dans la voiture, j'évoquais cette affaire d'or d'Espagne  lorsque nous traversions Gometz-la-Ville pour nous rendre à Beaudreville. C'est là que Raph me confia qu'il avait fait de la prison à cause de cette affaire. C'est ce jour-là qu'il me parla du fils du jardinier qui payait des putes avec des pièces en or. Il ne m'avait pas parlé du rôle de Victor, mais quand nous rendîmes visite à Victor, dans la Manche, en Juillet 95, je mis par hasard le sujet sur le tapis, et Victor devint intarissable, mais fut vite coupé par Raph.

            Les Voisenet , qui sont connus dans les documents notariaux sous le nom de Blot (Nom de jeune fille de Blanche), quittèrent l'Oasis, et la gestion de la propriété fut confiée au beau-père de Jacques Duclos, le père de Gilberte. Ce dernier avait entrepris le reboisement d'une partie du jardin, cela se passait en fin 47 ou début 48. Les arbres avaient été réceptionnés, mais le jour où le beau-père devait donner des instructions aux jardiniers pour leur implantation dans le parc, il fut en retard au rendez-vous, et les jardiniers ont commencé la plantation au hasard. Les jardiniers étaient des gens de Villebon, X... père et fils. Ils tombèrent sur deux cassettes de pièces d'or, le père et le fils se partagèrent le trésor sur le champ.

Ce n'était donc pas en fin 47, ni au début 48, mais le 22 Mars 47. Raph se souvenait très bien du nom du jardinier, Sergent, mais  le directeur de collection de L'Harmattan, ne voulut pas que l'on put mettre en cause des personnes vivantes.

            Quand le beau-père s'aperçut de la disparition de ces deux cassettes, il sonna le branle-bas général. Les cassettes d'or étaient un reste du trésor de guerre qui avait permis au Parti de fonctionner pendant l'occupation. Nous ignorons l'emplacement de toutes les caches, mais chaque dirigeant en avait une petite réserve. Il y en avait également dans le jardin de Benoît Frachon. Un jour après la guerre, celui-ci se rappela soudain qu'il avait oublié un bocal de ces mêmes pièces d'or et donna les indications à Raph pour le déterrer. Il s'agissait des réserves d'or de la République d'Espagne qui fut évacué d'urgence en 1939 au moment de la chute de la Catalogne, trésor de guerre pour le parti communiste espagnol, mais qui était en fait entre les mains du parti français, hôte du parti espagnol en exil, mais de toute façon sous la tutelle du Komintern. Ce trésor resta longtemps un objet de contentieux entre l'Espagne de Franco et l'URSS, mais aussi, ultérieurement entre les partis français et espagnol.

Raph m'avait dit que son frère lui avait remis ces cassettes quelques jours avant d'être arrétées, et que son frère lui avait dit que c'était un "camarade Espagnol" qui venait de lui confier ça, et qu'il fallait leur rendre à la fin de la guerre. Je n'ai pas repris cette version, manifestement construite pour les besoins de la cause, d'autant que Victor m'a affirmé que c'était lui qui avait introduit et caché toutes les cassettes.

            Le fils du jardinier se souciait peu de ces considérations historiques et politiques récentes. Pour lui, ces vieilles pièces ne pouvaient provenir que d'une histoire beaucoup plus ancienne que suggérait l'âge vénérable du petit manoir que nous appelons l'Oasis. Mais le fils X. ne se souciait pas davantage des vieilles pierres, il ne songeait qu'à certains plaisirs dont sa modeste condition l'avait jusque là privé. Le soir même, il partit en virée dans le gai Paris, du coté des dames de petite vertu. Ce milieu est notoirement infiltré par les indicateurs de police, et en cette époque où les réserves publiques n'étaient pas vraiment reconstituées, une pièce ancienne ne passa pas inaperçue, les douanes eurent vite fait de remonter vers la source de cette liquidité insolite. On devine que le fils avait pris goût à la chose et que délaissant l'horticulture, il était devenu un passager assidu de la ligne de Sceaux.

Là, j'ai brodé, à partir de la seule indication de Raph, que le fils Sergent s'était fait piqué parce qu'il distribuait des pièces en or aux putes.

            Revenons au 44, où l'alerte donnée, Jacques met rapidement Victor au courant de la situation. Victor connaissait bien l'existence de ces cassettes, c'est lui, bien sûr, qui introduisait ce genre de colis à l'Oasis de la même façon qu'il les faisait sortir, dans les valises à double fond confectionnées par le brave Aimé. Pour autant qu'il se souvienne, il avait reçu l'or d'Espagne des mains de Manolita , sans qu'il y ait d'ailleurs un rapport entre l'origine de Manolita et l'origine des pièces. Jacques Duclos remet une carte de police à Victor, qui prend son arme et file en bas dans une voiture où l'attendent déjà Raph et Gilberte. Que va faire Gilberte dans cette galère ? Elle est connue des jardiniers, et le trio a prévu d'user de méthodes douces avant de mettre en branle d'autres procédés plus persuasifs.

Là, j'ai repris entièrement la version de Victor. A partir de ce moment, mes relations avec Raph devinrent de plus en plus tendues. Il tenta de convaincre Victor de revenir sur ses déclarations et me déclara que Victor était très faché que j'écrive de pareilles choses, mais quand je téléphonais à Victor, ce dernier me disais "Il est pas content Raph ! Hein ! Il veut toujours avoir raison !" En fait, je compris que Victor en voulait à Raph depuis cette histoire, parce que Victor avait été mis sur la touche (hors de l'appareil du PC, à l'ambassade de Hongrie), et qu'il pensait que Raph aurait quand même pu l'employer dans son service technique.

Raph m'avait quand même confirmé la présence de Gilberte, mais il me suppliait de ne pas en faire état.

 En arrivant à l'Oasis, ils trouvent le père X. encore à l'ouvrage; les pères sont souvent plus acharnés au travail que les fils. La négociation à l'amiable débute à peine qu'on voit une fourgonnette de la douane se garer juste devant la grille. Cette irruption non prévue au programme peut faire tourner l'expédition au fiasco. Quatre années de clandestinité, à jouer aux gendarmes et aux voleurs, ont appris à Raph et Victor comment procéder rapidement à l'analyse d'une situation. La priorité numéro un est de faire filer Gilberte, il ne faut surtout pas qu'on la trouve là, d'abord parce c'est une femme et que Raph et Victor sont, chacun à leur façon, des hommes merveilleusement galants, mais surtout, parce qu'à travers Gilberte, Jacques, et donc le Parti avec un grand P seraient inévitablement atteints.

            A cette époque, les communistes venaient d'être chassés du gouvernement, on avait basculé de l'union sacrée à la guerre froide et l'on imagine facilement le tort que la divulgation de cette affaire aurait pu causer, on l'a vu pour d'autres affaires, et moins croustillantes, comme celle des pigeons. Il y a tellement de gens qui rêvent de compromettre Duclos.

Raph:

        "J'ai fait semblant d'être affolé par les douaniers qui arrivaient. J'ai ouvert la fenêtre et j'ai crié "Au voleur! Au voleur!" C'est ce qui nous a permis de gagner du temps."           

Initialement, j'avais repris la version Victor qui prétendait que Raph avait tiré un coup de pistolet. Comme cet épisode concernait essentiellement Raph qui contestait avoir tiré, j'ai gardé la version Raph. J'ai bien fait, d'ailleurs, car les articles de presse ne font pas mention de coups de pistolet.

Gilberte Duclos parvient à disparaître discrètement dans le petit bosquet qui jouxte la propriété tandis que Raph et Victor finissent par se rendre aux douaniers.

            Victor, qui avait traversé toute la guerre sans se faire prendre, va connaître les délices de l'interrogatoire de police. Celui-ci ne vaut peut-être pas ceux des brigades spéciales ou de la Gestapo, mais il n'est pas mal non plus. Il faut dire que la fausse carte de police ne fait pas vraiment bonne impression. Victor raconte qu'il a trouvé la carte par terre, pendant la guerre, le mensonge est un peu gros.

Victor:

        "J'ai été tabassé, j'y ai laissé une dent, ils m'ont mis la tête sous l'eau, et puis, un gars a dit "Il ne parlera pas, c'est un Breton !" Ensuite, il y a eu des avocats, et on nous a libérés"

            Raph, qui avait réussi, en 42, à s'enfuir de la préfecture de police au bout de trois jours, laissera dans cette affaire deux mois de sa liberté. Peut-être découvrira-t-on un jour dans des archives comment les fins limiers des Renseignements Généraux ou d'une quelconque police politique avaient  reconstitué les faits au travers des énormes bobards que  Raph et Victor leur avaient lâchés.

            L'honneur des Duclos était sauf, mais le trésor était perdu pour le Parti. Le père et le fils X. en ont gardé la moitié en tant que découvreurs de trésor, mais comme ils n'étaient pas très portés sur l'histoire, ils n'ont pas fait de communication à la société archéologique de Seine-et-Oise sur le galion espagnol qui s'était échoué sur les hauts de Villebon-sur-Yvette.

En fait, comme le rapportent la presse, les pièces n'étaient pas des pièces espagnoles anciennes.

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A partir de Septembre 95, et plus encore, de Mai 96, quand je soumis mon premier manuscrit à Raph, je fus soumis à d'incessantes pressions pour que je supprime ce passage, ce que je me suis refusé à faire, parce qu'il ne mettait pas en cause l'honneur de mon témoin, et qu'en plus, même si j'avais réussi, par la ruse à lui arracher quelques aveux, les informations ne venaient que partiellement de son témoignage: A l'origine, c'étaient les voisins qui m'avaient mis sur la piste, et ensuite, c'était Victor qui m'en avait raconté le plus; tout concordait à accréditer les propos de Victor.

C'est sûr que j'ai fait de la peine à Raph. Je lui en ai fait pour cette histoire de trésor, mais aussi pour d'autres passages du bouquinqui ne sont pas très gentils pour Duclos, ou qui s'écartent un tant soit peu de de la ligne Duclos-Thorez. Il n'empêche qu'il m'a énormément aidé et que mon bouquin lui doit beaucoup.

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